Je hais le sport.
Y en a qui font du tennis sur terre battue. Ou du foot sur du gazon. Moi, je fais du vol plané sur bitume.
C'est un sport citadin que je pratique involontairement et néanmoins régulièrement, un peu partout, en général accompagnée, mais il m'arrive de faire quelques séances seule avec moi-même.
Il suffit de peu de matériel, une paire de jambes, un escalier ou un trottoir, et un manque d'équilibre dû à un abus de jus de tomate ou à une absence momentanée de connections dans le cerveau.
Exemple premier:
Je me trouve dans la rue, avec le GFD, on va au restau, il traverse la rue, je le suis en racontant une connerie quelconque, et sans trop savoir pourquoi, je me retrouve propulsée en avant, dans une position semi-horizontale, les mains râpant le sol râpeux, les genoux freinant le tout, une chaussure voltigeant vers la droite, mon sac vers la gauche. Accessoirement, le contenu du sac se fait la malle pendant ce processus court mais intense. Le GFD accourt en vitesse, vérifie que je suis en vie, et éclate de rire. Pendant que j'essaie vaguement de rassembler mes extrémités, il récupère mon sac, remet le contenu éparpillé à l'intérieur, puis se fout explicitement de ma gueule en regardant le misérable tas que je suis en train de vérifier l'état râpé de mes mains et de mon jean. A ce moment là, mon cerveau capte l'information "Musaraigne par terre à quatre pattes, ressent douleur, honte, et aucune aide" et m'envoie en même temps des larmes et un fou rire, sans pour autant stimuler la fonction absolument nécessaire qu'est la parole. Scène hautement ridicule: le GFD, debout, se marre, la Musaraigne, à quatre pattes, se marre et pleure à moitié, aucun mot n'est prononcé.
Premiers réflexes linguistiques: "Ca va, mon jean n'a rien. Attends, je vérifie que mon natel n'est pas rayé. Aie, j'ai mal."
Une semaine plus tard, la plaie sur ma main cicatrise. Je suis au restau avec le GFD.
"Ca gratte."
"Oui, ben justement, évite de gratter..."
"Oui mais ça graaaatte....."
"Ah, ben alors si ça graaaatte..."
Exemple second:
Je suis dans la rue, accompagnée cette fois par La Blonde. J'ai bu un jus de tomate avant l'épisode qui va suivre. On descend d'un trottoir, et de nouveau, je me retrouve propulsée vers l'avant par une force intéressante. De nouveau, la scène muette à quatre pattes, le sac d'un coté, son contenu de l'autre. La différence par rapport à l'épisode précédent - aucune. La Blonde, sensible la première minute, se marre en m'interdisant de reboire du jus de tomate. Elle se marre encore.
Exemple troisième et moult autres:
La Musaraigne descend les escaliers sur son postérieur (toujours cette force mystérieuse).
La Musaraigne monte les escaliers à genoux, une chaussure en moins.
La Musaraigne descend les escaliers à genoux, son sac plus vite qu'elle.
La Musaraigne fonce à la Migros du coin pour acheter une paire de collants et des pansements.
La Musaraigne fonce chez le cordonnier pour refaire un talon.
En bref:
Qualité du vol plané sur bitume: visiblement rigolo et captivant à regarder.
Défauts: douloureux à pratiquer, risques de honte généralisée et climacophobie...