Des campanules? Encore?
Cette fois, c'est Sylvain qui s'y colle.
La veille, on fait bronzette sur le balcon de la Fée Ysatis.
"T'as peur pour demain? Tu stresses?"
"Naooooon, je l'ai déjà vécu une fois, ça va aller, maintenant que je sais ce que c'est, je vais y aller tranquille!"
Hem. Tranquille, tu parles. Le lendemain, je me lève. Le sol tremble. Ah non... C'est pas le sol, c'est mes jambes. Il faut manger quelque chose, je le sais, mais y a rien qui passe. Par contre, l'envie de pisser, elle, elle est là. Du coup je cours une dizaine de fois aux toilettes en même pas 2 heures.
Je me prépare en tremblant, et, bon, quand faut y aller, faut y aller.
Drrrrrrrrrrrrrrrrrrr. Ca c'est le pied sur l'embrayage. Drrrrrrrrrrrrrrrrr. Ca c'est le pied sur le frein. Finalement j'arrive à destination. Direction le premier café du coin, faut bien bouffer quand même. C'est la première fois de ma vie que je ne finis pas un pauvre ramequin avec sa pauvre salade mêlée. Bon, vu l'expérience de la dernière fois, faut prévoir une bouteille de Coca, la crise d'hypoglycémie c'est pas tout à fait le moment d'en refaire une.
J'arrive donc au studio de Sylvain, Tattoo Add'Ink (oui, un petit coup de pub, je pense que c'est mérité), dans mes nouveaux escarpins vernis magnifiques que j'ai mis en espérant que ça me donnera du courage. Je me calme un chouia, on fume une clope, il prépare le matos, je me demande tranquillement ce que je peux bien foutre là. Bizarrement, je reste. J'apprends plein de choses sur le fontionnement du dermographe, machine fort intéressante avec tout plein d'aiguilles qui vont me torturer pendant un peu moins de deux heures. J'essaie de rester stable un strict minimum pendant que Sylvain applique le calque, on est prêt, c'est parti.
J'ai pas le temps de faire ma traditionnelle chute de tension, le téléphone sonne toutes les 5 minutes, Sylvain est visiblement prêt à le bouffer, moi évidemment, ça m'arrange, ça m'évite de tomber dans le pommes, je bois du Coca, je savoure l'absence de douleur. Et finalement, c'est vraiment parti. le dermo fait "bzzzzzzzzzzzzz", je fais "aïe", Sylvain fait le compréhensif "oui, je sais, mais faut respirer..." J'essaie de repirer normalement, mais j'ai l'impression de souffler comme une nana qui accouche. Du coup ça me fout la honte, et je me crispe.
Et puis, on commence le remplissage. Les volutes volent, les spirales spiralisent, les campanules se colorent... Ca va mieux, on papote, de tout et de rien, on rigole, je commence de nouveau à apprécier la vie.
Je savais que ça ne durerait pas éternellement. La dernière demi-heure, je n'ai qu'une seule envie. De me tirer de ce studio avec le tattoo pas fini en hurlant "RUN AWAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAY!!!!".
Mais la Musaraigne est un petit animal héroïque, elle resiste. En se plaignant, en râlant, mais elle résiste.
Et ça vaut le coup.
Le tattoo est magnifique, il a pris la place qu'il devait prendre, là, dans mon dos, il est chez lui. J'en peux plus, je suis fatiguée, j'ai l'impression d'avoir deux heures de sport intense, tout mon corps réclame du repos. Alors, on met le pansement, on prendra une photo d'ici trois semaines, Sylvain explique les soins à faire, me souhaite une bonne cicatrisation, et merci, à bientôt.
Oui, merci, vraiment, non seulement pour avoir fait un travail formidable, mais aussi de m'avoir supportée pendant quelques heures, d'avoir été gentil et compréhensif. Et drôle, ma foi. L'humour, c'est important.